Pasteur Ekofo tranche : « F.Tshisekedi n’est pas l’élu du seigneur. Il gère la transition »

Pasteur critique du régime Kabila, David Ekofo clashe le président Félix Tshisekedi. Depuis les États-Unis où il est en refuge, l’homme de Dieu affirme que Félix Tshisekedi n’est pas un élu de Dieu. Pour lui, le chef de l’État gère tout simplement la transition. Une sévère punchline qui sera mal perçue par le parti au pouvoir. Ouragan.cd décrypte le message fort du religieux contenu dans une vidéo parvenue vendredi à sa rédaction.

Le tribun protestant n’a pas sa langue en poche lorsque la situation socio-économico-politique de son pays est chaotique. Après avoir sermonné le régime Kabila, le pasteur David Ekofo remet son successeur, Félix Tshisekedi à sa place. Depuis les USA où il s’est établi ( après avoir fui les représailles kabiliennes en 2018 ), l’ancien chef de l’administration de l’Eglise du Christ au Congo ( ECC ) affirme avec conviction que le président Félix Tshisekedi n’est pas celui à travers qui la République démocratique du Congo connaitra son essor. « Je ne pense pas que le président actuel ( Félix Tshisekedi ) est l’élu du seigneur. Il est l’un de ceux qui gèrent la période de transition. Mais ce n’est pas encore l’élu du seigneur. L’élu du seigneur viendra », a-t-il tranché avant de formuler le vœu de voir le cinquième président congolais être le « Jean-Baptiste » qui va préparer la montée sur le trône du Congo de l’élu du seigneur.

Cependant, le pasteur David Ekofo déplore le fait que le fils de l’ex-sphinx de Limete se soit égaré en faisant « un mauvais départ », lors de son accession au pouvoir. « Il a signé un deal avec un parti qui a géré le pays pendant 18 ans et qui n’a rien fait. Et vous voulez collaborer avec ce parti là. Qu’est-ce vous attendez de mieux ? Déjà le départ était faux!. Il va peut-être changer les choses petit à petit mais il aura des difficultés pour le faire, à moins qu’il renonce à ce qu’il a pris comme engagements. Mais s’il osait renoncer, on va le tuer. Dans ce monde là, quand vous avez signé, vous ne pouvez pas renoncer. Sinon, on va carrément vous éliminer. Il faut prier pour notre président et notre pays », a-t-il renchéri.

L’ère Kabila, chemin de la croix

« Il faut passer le relais…le pays n’existe pas », ces deux petites phrases piquantes ont été à la base de l’exil forcé du pasteur Ekofo. Il les avait prononcées au cours du culte d’action de grâce organisé en mémoire du président honoraire, Laurent-Désiré Kabila à la cathédrale du centenaire protestant, le 16 janvier 2018, en présence de l’épouse de Joseph Kabila et des autres membres des institutions. Comme le feu cardinal Monsengwo Pasinya, Ekofo a livré à un message très acerbe contre l’ancien pouvoir en place.

« Tout ce que vous avez entendu, c’est arrivé sur place. Je ne l’ai pas écrit. Et quand je parlais, je ne voyais personne qui était là. J’etais concentré à entendre ce que le seigneur me disait. Ce qui me vient en tête, c’est ce que j’ai dit. C’est après la prédication que j’ai commencé à voir des choses bizarres », a-t-il expliqué.

Le début du calvaire

Des frustrations ont été perceptibles à la fin du culte. Olive Lembe n’a pas salué Ekofo, signe prémonitoire de la suite des événements. « D’habitude quand on termine le culte, nous les pasteurs, sortons en premier pour saluer les invités. La première dame était là. Elle a salué le président qui était devant moi et puis un autre pasteur. Elle ne m’a pas salué et puis, elle est partie. J’ai compris qu’il y a quelque chose déjà qui ne va pas. Puis j’ai entendu certaines personnes dire des bêtises. Quelques temps après, J’ai vu une équipe des militaires qui est venue m’escorter jusque chez moi à la maison. J’ai demandé pourquoi ? C’est quelqu’un qui m’a expliqué plutard qu’on en veut à ma sécurité et que la situation n’est pas bonne », a-t-il raconté. Le récit est captivant.

Des coups de fil retentissent. Le pasteur bénéficie de quelques soutiens. « Curieusement, le premier que j’ai reçu, c’était l’appel de Moïse Katumbi et puis, Boketshu 1er. Et d’autres personnalités politiques m’ont appelé par la suite, dont Matata Ponyo ».
« Un autre monsieur m’a téléphoné ( Papa Nkema) qui m’a dit : petit, tu as fait une bonne chose, mais je connais ces hommes là. J’ai travaillé longtemps avec eux, ils ne vont pas vous laisser tranquille. Et je crains même pour ta vie, fais attention », a-t-il ajouté.

L’homme de Dieu aidé par un agent de la présidence

« Un jour quelqu’un de la présidence a téléphoné de la Belgique un de ses amis qui est dans les milieux protestants, puisque nos téléphones étaient déjà sous écoute. Il lui a dit que si je dois quitter le pays, que je le fasse immédiatement. Sinon, que je cherche la protection de la Monusco parce qu’on a pris la décision de m’éliminer le même jour. Et la personne a téléphoné une autre puisqu’il fallait bruler les pistes. Et cette personne est venue me voir, on a parlé dans ma chambre », a-t-il révélé.

L’intervention de la Monusco

La force onusienne a joué un rôle capital dans cette affaire. Grâce à elle, le pasteur Ekofo a pu se rendre aux Etats-Unis.

« C’est cette personne de la sécurité présidentielle qui m’a donné le numéro de la Monusco que j’ai appelé. La Monusco m’a dit que beaucoup d’ambassades ont demandé si elle prenait soin de moi (…). Elle a dit qu’elle n’attendait que mon appel. Et la Monusco a vérifié les informations sur le kidnapping qui était préparé. Ça n’a pas fait 10 minutes, elle m’a rappelé pour confirmer que c’est vrai que ces gens sont déjà sur le terrain », a fait savoir le pasteur.

A en croire son témoignage, la mission onusienne lui avait d’abord proposé de se déguiser afin de se rendre à son quartier général. Chose qui n’a pas été possible, dit-il, puisque les kidnappeurs avaient déjà l’oeil sur lui. Finalement, la Monusco a décidé de venir chez lui. Elle lui a proposé de quitter le pays. Ekofo accepte.

« J’ai opté pour les Etats-Unis où sont mes enfants. J’ai eu des problèmes pour avoir le visa et pourtant leur chargé d’affaires était venu me voir à la maison. J’avais compris qu’il y avait des pressions politiques. Mais finalement, on nous a donné le visa un certain vendredi, le samedi on a pris l’avion de la Monusco, j’ai été escorté comme un prince. Il y a une ambassade d’un pays européen qui a envoyé un véhicule blindé pour me chercher avec ma femme. Et le jet privé de la Monusco nous amène en dehors du pays. Et le dimanche, nous sommes arrivés aux USA », a-t-il relaté.

Parmi les personnalités qui étaient présentes lors du violent discours du pasteur Ekofo, il y avait l’ex-Premier ministre, Bruno Tshibala, l’ancien ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, le secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, parti présidentiel de l’époque), Henri Mova Sakanyi, l’épouse de Joseph Kabila et plusieurs membres de la famille du président ou encore le président du Conseil national de suivi de l’accord de la Saint-Sylvestre, Joseph Olenghankoy.

Prêche critique du régime

Le pasteur Ekofo avait acquis une célébrité nationale le 16 janvier dernier. Alors qu’était retransmise en direct, à la télévision nationale, une messe d’hommage à Laurent Kabila, père du président hors mandat Joseph Kabila, assassiné le 16 janvier 2001, le pasteur Ekofo avait tenu des propos inattendus. Devant le ban et l’arrière-ban du régime, le célébrant avait invité à «passer le relais» (les Congolais y ont vu une allusion au chef de l’Etat qui refuse de quitter le pouvoir malgré la fin de son mandat en décembre 2016), critiqué l’absence d’Etat et la pauvreté dans laquelle vivent les Congolais malgré les richesses du pays.

Ce prêche, malgré son ton très diplomatique, avait été vu dans le pays comme une gifle aux kabilistes, alors que feu cardinal Laurent Monsengwo, venait d’inviter «les médiocres» au pouvoir à «dégager» et que les chrétiens avaient organisé leur première marche pacifique pour demander à l’ancien président Kabila de respecter l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, qui prévoit qu’il organise des élections crédibles en accord avec l’opposition. Des protestants et des kimbanguistes s’étaient joints à cette marche; la seconde, cinq jours plus tard, verra une participation accrue et le concours de musulmans. Une gifle d’autant plus humiliante que, selon la Voix de l’Amérique, le pasteur Ekofo était l’aumônier de la famille présidentielle./mediascongo.net