Quelles sont les raisons de la poursuite de Salomon Kalonda alors qu’il est hospitalisé ?

Une scène judiciaire dans un hôpital, l’exceptionnelle conviction du ministère public qui demande à la Cour militaire de juger sur son lit d’hôpital Salomon Kalonda, très affaibli par la maladie, soulève des frissons dans la conscience collective en République démocratique du Congo. Les avocats de l’incriminé crient à l’acharnement et sollicitent une remise de trois mois pour une bonne prise en charge du conseiller spécial de Moïse Katumbi Chapwe.

Les rares cas d’inculpation prononcés sur un lieu d’hospitalisation des prévenus sont liés à des jugements contre des criminels et terroristes. Amaigri et très affaibli par la maladie, Salomon Idi Kalonda Della présente une situation préoccupante. Toutes les démarches nécessaires ont été abordées afin d’obtenir son évacuation vers une institution sanitaire plus outillée, mais sans succès. Jeudi, le procès de Salomon Idi Kalonda s’est poursuivi à la Cour militaire de Kinshasa/Gombe siégeant à la prison militaire de Ndolo, en l’absence du prévenu toujours alité. Car depuis quelques semaines, sa santé s’est considérablement détériorée, ce qui a nécessité son admission dans un centre de santé de Kinshasa. C’est justement cette situation sanitaire dramatique qui a été au centre de l’audience marquée par des joutes entre l’accusation et la défense.

D’après le journal AfricaNews, la Cour a lu le courrier lui adressé par le médecin responsable de la clinique où le prévenu est interné, dans lequel est mise en évidence l’impossibilité d’extraire Salomon Kalonda de l’hôpital pour l’audience. “Vu l’instabilité de santé de Monsieur Salomon Kalonda, notamment vu le risque d’un accident vasculaire cérébrale hémorragique ou toute autre complication liée à son état de santé, je déconseille son extraction de la clinique et je ne saurai pas le faire extraire pour ce jeudi 2 novembre 2023”, a souligné le médecin. L’accusation a réagi après cette lecture en sollicitant que Salomon Kalonda soit jugé sur son lit d’hôpital. Attitude qui a suscité une grande indignation dans le chef de la défense dont les membres ont crié à l’acharnement et au manque d’humanisme, avant de réclamer une remise de trois mois pour une bonne prise en charge du patient.

– Clameur publique –

À en croire les avocats de l’opposant Salomon Kalonda, près de 20 médecins requis pour la contre-expertise contestée par l’accusation ont confirmé le premier rapport médical établissant que le prévenu est bel et bien souffrant, et plaidant en faveur des soins de santé appropriés. “Il ne s’agit pas pour le prévenu d’esquiver votre Cour ni de s’échapper à répondre des faits qui sont mis à sa charge. Il est malade et c’est avéré. Appréciez ce rapport, et faire droit à une demande du ministère public serait tout simplement inhumain”, a encore plaidé la défense.

La Cour militaire se prononcera le 8 novembre prochain sur cette demande. Une inhumanité jugée incompréhensible et cruelle par certains proches et par la défense. La requête du ministère public rappelle la scène insolite montrant comment l’actuel vice-gouverneur Udps de la ville de Kinshasa, Gecoco Mulumba, avait été jugé depuis sa chambre sous Joseph Kabila. Ces images montrant dans un hôpital plus de blouses des juges et avocats plutôt que celles des médecins et infirmiers avaient choqué le monde, provoqué une grande clameur publique et contribué à ternir l’image du pouvoir en place à l’époque. C’est depuis le 30 mai que Salomon Kalonda avait été arrêté à l’aéroport de N’djili, à Kinshasa. Le parquet militaire l’accuse notamment de collusion avec les responsables rwandais et du M23. Des accusations que lui et ses proches rejettent en bloc.

– À Kindu, des membres de famille exaspérés –

Des échos parvenus à Ouragan rapportent que l’attitude du ministère public est en train d’endeuiller les frères proches de Salomon SK Della. Un ancien chef de quartier nous a expliqué que la persécution dont est victime Salomon Kalonda est perçue comme un supplice qui pourrait occasionner un grave accident devant conduire à sa mort : “Si par hasard, nous ne le souhaitons pas, qu’il arrive malheur à notre fils du Maniema, à qui allons-nous nous adresser ? Nous demandons au pouvoir du président Tshisekedi de veiller à sa situation et de le libérer. Nous connaissons notre fils, il est garçon pondéré et de bonne éducation. Nous ne croyons pas du tout à tout ce qui lui est reproché. Pourquoi les criminels économiques connus, mis en cause, sont relâchés et qu’un pauvre innocent est maintenu en prison. Nous, ici à Kindu, nous sommes préoccupés de voir que la justice ne s’acharne que sur des ressortissants du Maniema”, a vitupéré ce notable du chef-lieu du Maniema. Un responsable du parti Ensemble pour République dans la même ville s’inquiète que le haut représentant de son parti pour l’espace Grand Kivu souffre en prison au moment où la campagne électorale pointe à l’horizon.

/ouragan.cd