RDC : Dissolution du Parlement ; quels sont les préalables ?

Au travers du pays, des voix s’élèvent de plus en plus pour réclamer la dissolution du Parlement. Est-ce une panacée pour résoudre les problèmes de la République dus à la cacophonie et les chamailleries entre les alliés de la coalition au pouvoir ? Chaque jour, la population et les observateurs avertis sont témoins des dérapages tant côté FCC que CACH. On croirait que le divorce entre les deux forces au pouvoir, actuellement alliées, serait inévitablement la solution pour mettre fin à ces heurts qui impactent négativement la marche de la République et son développement. Et,lorsqu’il s’agit de la vie d’un couple, en cas de pareilles dissensions, la solution que les juges conseillent est le divorce.  Dans le cas d’espèce, ce serait la dissolution du Parlement. Si ce divorce n’intervient pas jusque-là, c’est qu’il amène des embûches tellement énormes que les dirigeants, plus pragmatiques, se refusent de se risquer dans ces eaux troubles inconnues.

Le premier élément que le Président de la République doit prendre en considération s’il envisageait la difficile résolution de dissoudre le Parlement pour avoir une chambre législative qui l’aiderait à concrétiser sa vision est celui de justifier sa décision par l’existence d’une crise entre le Parlement et le gouvernement. C’est-ce que la constitution pose comme préalable à toute dissolution de la chambre basse du Parlement. Il est évidemment facile de croire que la crise est permanente entre ces forces alliées. Non. L’acception que le commun des congolais donne au mot ‘’crise’’ et celle que la constitution lui prête, sont aux antipodes. Ce que les congolais vivent ne sont que des humeurs des personnes  qui n’impactent pas sur la vie de la nation et non pas une crise. La crise au sens constitutionnel du terme est une situation irréconciliable entre le Parlement et le Gouvernement. Or, le gouvernement est dirigé par un Premier Ministre du FCC, lequel aligne au bas mot 65 pourcent de l’effectif gouvernemental de la République qui est de son camp et la Majorité au Parlement est détenue par le FCC. Penser qu’il surviendrait une crise entre le gouvernement et le Parlement dans ces conditions serait illusoire. Même si le Président voulait dissoudre le parlement, le FCC ne lui faciliterait pas la tâche. C’est le FCC qui détient le destin de la chambre entre ses mains. En cela, il peut éviter soigneusement tout ce qui pourrait s’apparenter à la définition constitutionnelle de la crise entre l’exécutif et la chambre législative.

Maintenant, un pas de plus sur le dossier en admettant qu’une crise arrive à exister entre le gouvernement et le parlement, même si c’est invraisemblable de l’imaginer dans les conditions ci-devant décrites. Le Président est tenu par la constitution de chercher l’avis de deux chambres et du Premier ministre. Et vous vous en doutez, toutes ces personnalités sont du FCC. Pensez-vous qu’ils se laisseraient consulter facilement s’ils savent qu’au bout de celles-ci, il y aurait une dissolution des chambres législatives ? Ces hautes personnalités tomberaient durablement malades ou disparaitraient tout simplement de la circulation plutôt que de donner des béquilles à une résolution qui les enverrait en congé pour une durée indéterminée. Donc, ce serait difficile pour le Président de remplir le deuxième préalable qui est celui de recueillir les avis du Premier Ministre et des Présidents de deux chambres.  Quand bien même ces trois personnalités feraient preuve de beaucoup de civisme et se prêteraient au jeu constitutionnel de bonne foi, le Président n’en aura pas fini avec les difficultés pour arriver à ses fins.

Il lui faudra alors, à partir du jour qu’il dissout le parlement, compter 90 jours pour organiser de nouvelles élections.  90 Jours, c’est comme le claquement des doigts. Cela passe trop vite. Où est-ce que le Président trouvera les quelques cinq cent millions des dollars US pour organiser les élections durant ces temps difficiles ?

Dans le même temps qu’il cherchera désespérément de l’argent pour ces élections, il lui faudra aussi pacifiquement taire les manifestations de la rue   qui survendraient des suites de la dissolution du Parlement.

Le Président de la République cherchera aussi une CENI pour lui organiser les élections.  Où la trouvera-t-il ? La Commission électorale nationale indépendante de l’exercice électorale passée n’existe pour ainsi dire pas.  Ou alors, il doit s’accommoder avec celle de Corneille Nangaa, qui a déjà été décriée, c’est déjà bien connu, et  est entièrement acquise au FCC.

Apparemment, les problèmes qui se poseraient au Président de la République s’il prend la courageuse décision de dissoudre ce parlement seraient plus graves que s’il se résignait de cohabiter avec celui qui est là.

C’est comme si les deux forces politiques au pouvoir  se sont engagés dans une union dont la séparation n’interviendrait qu’avec la mort de l’une des parties.  Car, nous n’avons pas passé en revue les entraves que le Président de la République avec son pouvoir pourrait parsemer le chemin de ses alliés tout en restant dans la coalition et sans entrer dans le juridisme qui semble être un exercice prisé même pour des personnes peu au courant des us et coutumes des cours et tribunaux que sont les grandes masses des congolais.

C’est un divorce difficile, voire même difficile à envisager dans les conditions actuelles comme on vient de le voir.  Il ne reste aux coalisés que de rechercher les voies et moyens de vivre ensemble, en se supportant avec mille patiences comme il sied dans la vie des couples tumultueux.

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