Kinshasa : au rond-point Victoire, la place des artistes sombre dans les ordures

La place des artistes, référence du rond-point Victoire dans la commune de Kalamu, devient repoussante. Tout autour de ce lieu public, représenté par deux mains rassemblées en forme d’un poing, et par la statue de l’emblématique musicien congolais Luambo Makiadi, gisent des tas d’immondices, principalement des bouteilles plastiques, incinérées là sur la chaussée, laissant disséminer une fumée malodorante.

Peiné par cette crasse, Jonathan, assis sur sa moto, s’insurge contre les agents commis à la collecte des taxes sur le terrain, qui ne prennent pas soin d’évacuer les détritus. « Tout ce qui les intéresse, c’est d’arrêter les véhicules. Ils font ouvertement fi de l’insalubrité qui règne depuis très longtemps ici à Victoire. Au lieu d’évacuer ces saletés, ils préfèrent les brûler ici même. Voyez vous-même, il est encore très tôt le matin, mais regardez la saleté. Pas de parking, alors qu’ils ont récolté de l’argent. On ne sait plus que dire, surtout qu’ils ont eux-mêmes dit que le pays est déjà mort », lâche-t-il avec rage.

Pour Trésor, un jeune homme en attente d’un taxi, l’inaction des autorités face à cette situation a fait que les Kinois s’y sont habitués. « Étant donné que les autorités n’arrivent pas à trouver des solutions, les Kinois se sont habitués à la saleté. Et même quand on vient arranger, cela ne dure que quelques heures avant de revenir au même état. Prenons par exemple les bouteilles plastiques, elles devraient avoir un endroit approprié pour leur évacuation. Ce qui n’est pas le cas. Partout à Kinshasa, même au centre-ville, elles sont là, avec des sachets, des cartons », constate-t-il.

Papa Jules n’en revient pas. Il dit avoir mal de voir le rond-point Victoire devenir ainsi méconnaissable, au point d’être méprisé par ceux qui ne l’ont jamais connu avant. « J’ai vraiment très mal. Cet endroit était le miroir de Kinshasa. L’image qu’il donne aujourd’hui peut amener ceux qui ne l’ont pas connu avant à le mépriser. C’est tout simplement parce que les autorités ne jouent pas suffisamment leur rôle », a-t-il déploré.

À quelques mètres de là, sur le flanc gauche de l’avenue Victoire, juste en diagonale de la maison communale de Kalamu, une montagne d’immondices s’élève. En face de l’église Saint-Joseph, à un mètre seulement de l’arrêt de bus des Transco, se dégage une odeur nauséabonde qui fait cracher les passants et les étudiants. « Regardez ! C’est presque en face de la maison communale. Ils voient cette poubelle avec cette odeur nauséabonde mais ne font rien. Moi, je me demande tout simplement si nos autorités voient tout ce qui se passe dans la ville de Kinshasa », regrette François Mande, étudiant à l’Université de Kinshasa, faisant la queue pour entrer dans le transport.

Malgré toutes les initiatives prises, tant par le gouvernement central que provincial, l’insalubrité reste un problème insoluble à Kinshasa. « Kinshasa Bopeto », concept qu’avait lancé l’actuel gouverneur de la capitale, n’a pas réussi à juguler cette hydre. En avril 2022, le président de la République, Félix Tshisekedi, a inauguré « Kintoko », une usine de recyclage des déchets plastiques située à Limete, à Kinshasa. Trois ans après, ce travail n’a toujours pas porté ses fruits, eu égard à la réalité sur le terrain.

Texte extérieur !

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